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Généralités sur le Développement

December 13, 2025
9 min read

Introduction

Le développement de l’enfant est un processus complexe de maturation et de transformation, indissociable entre les axes psychomoteur, affectif et cognitif. Il n’existe pas une théorie unique, mais des approches complémentaires privilégiant différents aspects.

II. Définition de la Psychologie du Développement

C’est un domaine de recherche décrivant et expliquant scientifiquement les changements comportementaux tout au long de la vie, de la conception à la fin. Elle étudie l’évolution et l’involution des processus, incluant le développement atypique pour affiner la compréhension des dysfonctionnements et éclairer le développement typique. L’étude est souvent scindée (physique, psychomoteur, langagier, cognitif, affectif, social) pour simplification, malgré des interactions complexes.

III. Facteurs Impliqués dans le Développement

La psychologie du développement s’intéresse aux facteurs biologiques, sociaux et psychiques, et à leurs interactions.

  • Facteurs biologiques : Maturation organique (poids, taille, motricité, puberté).
  • Facteurs sociaux : Horloge sociale définissant étapes et événements culturels.

IV. Orientations Théoriques Principales

OrientationPromoteursIdées clés
MaturationnisteA. GesellDéveloppement psychologique = maturation + actualisation du potentiel génétique. L’environnement a une influence modérée.
BehavioristeJ. Watson, B. SkinnerÉtude scientifique du comportement basée sur l’observation rigoureuse. L’apprentissage et l’éducation sont centraux, avec l’environnement comme source d’apprentissages (conditionnement).
PsychanalytiqueS. FreudL’environnement est prépondérant sur la maturation. L’individu est façonné par ses expériences personnelles et relations interpersonnelles, surtout pendant l’enfance.
ÉthologiqueH.F. Harlow, J. BowlbyÉtude biologique du comportement animal. La théorie de l’attachement social met en évidence un besoin inné de contact social, indépendant des besoins primaires.
Cognitivo-constructivisteJ. PiagetDéveloppement cognitif centré sur la genèse des processus mentaux. Les connaissances s’élaborent par échanges dialectiques entre l’individu et l’environnement, se structurant progressivement. Objectif : l’adaptation par assimilation et accommodation.
PsychosocialeH. WallonLe développement est un processus dynamique et dialectique, avec une influence prépondérante de l’environnement social et affectif, façonnant l’individu à travers ses relations.

V. Développement Psychomoteur

La psychomotricité englobe les interactions psychiques et motrices. Le développement moteur n’est pas qu’un contrôle musculaire croissant, mais aussi la raison, la planification et l’anticipation du mouvement. Il résulte de l’interaction entre maturation nerveuse, expériences sensorielles, environnement, affect et social.

V.1. Lois du Développement Psychomoteur

  1. Loi de différenciation : Activité motrice passe de réflexe, globale et imprécise à volontaire, localisée et précise.
  2. Loi de variabilité : Évolution progressive mais à rythme propre à chaque enfant, avec progressions rapides, stagnations, régressions et reprises.
  3. Loi de succession :
    • Céphalo-caudale : Contrôle musculaire du haut (tête) vers le bas (pieds). Ex: soulever la tête avant de s’asseoir.
    • Proximo-distale : Acquisitions motrices du centre vers les extrémités. Ex: contrôler les épaules avant les doigts.

V.2. Développement de la Motricité (Acquisitions Clés)

ÂgeMotricité
3 moisContrôle et orientation de la tête.
6 moisTient assis avec appui dorsal (trépied).
9 moisTient assis sans appui, se déplace en rampant.
12 moisTient debout seul, marche tenu, début de marche autonome.
18 moisMarche seul.
24 moisCourt, monte/descend escaliers sans alterner les pieds.
36 moisMonte/descend escaliers en alternant les pieds.
4 ansSaute à cloche-pied.
6 ansSaute à pieds joints, saute à la corde.

V.3. Développement de la Préhension

  • Jusqu’à 3 mois : Grasping réflexe, puis mains souvent ouvertes.
  • 3 mois : Disparition du grasping réflexe, préhension au contact (involontaire).
  • 4-6 mois : Préhension volontaire (cubito-palmaire, digito-palmaire).
  • 7-8 mois : Préhension radio-digitale (pince inférieure).
  • 9-10 mois : Pince supérieure (pouce-index).

V.4. Développement du Langage

ÂgeLangage
3 moisVocalises (g, r, k), gazouillis (areu, gré…).
6 mois à 1 anÉmission de monosyllabes (da, ma, pa).
9 moisApparition des syllabes redoublées.
10-14 moisPremier mot signifiant.
18-20 moisMots-phrases.
18 moisApparition du « Non ».
24 moisPremière phrase (juxtaposition de deux mots).
2-3 ansEnrichissement vocabulaire (100/200 à 1000/2000 mots), acquisition progressive de la syntaxe, apparition du “je”, “parler bébé”.

III. Notion d’Organisateur (R.A. Spitz)

Spitz introduit la notion d’organisateur : processus psychiques profonds, observables par des indicateurs de surface. Il distingue trois indicateurs et étapes :

  1. Le sourire au visage humain (2-3 mois) : Témoigne d’un investissement de la forme humaine et d’une interaction.
  2. L’angoisse de l’étranger (8ème mois) : Différenciation de la mère avec un étranger.
  3. L’apparition du Non (18 mois) : Affirme la distinction avec la mère.

IV. Développement Psychoaffectif (S. Freud)

Freud, fondateur de la psychanalyse, postule des stades de développement où chaque zone corporelle privilégiée est source de plaisir. La sexualité infantile englobe les activités de la première enfance en quête de jouissance locale, au-delà de la seule génitalité.

IV.1. Stades Prégénitaux (avant le complexe d’Œdipe)

  1. Stade oral (1ère année) :
    • Zone érogène : Bucco-labiale.
    • Objet de la pulsion : Sein maternel (puis succion, prise d’informations).
    • Plaisir : S’étaie sur l’alimentation et l’excitation bucco-linguale.
  2. Stade anal (2ème année) :
    • Zone érogène : Anorectale.
    • Objet de la pulsion : Fèces.
    • Plaisir : Lié à l’expulsion/rétention, au contrôle et au pouvoir sur l’autre.
  3. Stade urétral ou phallique (3ème année) :
    • Zone érogène : Urètre (plaisir de miction et rétention).
    • Objet de la pulsion : Pénis (symbole de puissance/complétude narcissique).
    • Problématique : Angoisse de castration (garçon) ou manque (fille). Conscience de la différence anatomique des sexes, souvent niée.

IV.2. Le Complexe d’Œdipe (vers 3-5 ans)

  • Importance : Structure la personnalité, instaure la prévalence de l’être sur l’avoir (être homme/femme), permet l’intériorisation des interdits parentaux (inceste) et la mise en place du Surmoi.
  • Chez le garçon : Mère objet de pulsion sexuelle (conquête libidinale et agressive). Père objet de rivalité et de menace, mais aussi à imiter.
  • Chez la fille : Déception de ne pas avoir de pénis de la mère, détournement vers le père pour obtenir ce que la mère a refusé (un enfant). Haine jalouse envers la mère, avec culpabilité.
  • Déclin : Renoncement progressif à posséder l’objet libidinal sous pression de l’angoisse de castration (garçon) et peur de perdre la mère (fille). Ouverture à la socialisation et aux processus intellectuels.

IV.3. La Période de Latence (6 ans à puberté)

Période de calme pulsionnel. L’énergie libidinale est investie dans la socialisation, les apprentissages scolaires et les activités collectives. L’enfant renonce à la satisfaction pulsionnelle directe et intériorise les interdits.

IV.4. L’Adolescence (Réactivation)

Réactivation des problématiques œdipiennes (déplacement sur substituts parentaux idéalisés) et prégénitales (anorexie mentale, toxicomanie). Tendance au passage à l’acte, manipulation de l’idée de mort, émergence d’idées dépressives.

V. Développement Cognitif (J. Piaget)

Jean Piaget, psychologue et épistémologue suisse, a décrit l’évolution du fonctionnement cognitif. La finalité est l’adaptation de l’individu à son environnement, l’intelligence étant la forme d’adaptation la plus raffinée, atteignant un état d’équilibration par assimilation et accommodation.

  • Assimilation : Incorporation d’éléments du milieu à la structure de l’individu.
  • Accommodation : Modification de la structure de l’individu en fonction des changements du milieu.
  • Adaptation : Équilibre entre assimilation et accommodation.

V.1. Stades du Développement Cognitif

  1. Période de l’intelligence sensori-motrice (0-2 ans) :
    • Intelligence basée sur perceptions et mouvements, fonctionnement empirique, concret.
    • Utilisation de schèmes sensori-moteurs pour communiquer avec le monde.
    • Construction de la permanence de l’objet : L’objet existe même hors du champ perceptif (débute vers 9 mois, s’achève vers 18 mois).
  2. Période pré-opératoire (2-6 ans) :
    • Intelligence s’intériorise grâce à la représentation mentale.
    • Accès à l’intelligence représentative (image mentale des objets).
    • Développement du langage, de l’imitation différée, du jeu symbolique.
    • Égocentrisme intellectuel : Difficulté à adopter un autre point de vue.
  3. Période des opérations concrètes (7-11/12 ans) :
    • Progrès en socialisation et objectivation de la pensée.
    • Capacité de décentration, coordination de plusieurs points de vue, raisonnement logique (avec support concret).
    • Acquisition de la réversibilité, des groupements opératoires (sériation, classification, conservation).
    • Exemple de conservation : Comprend que la quantité de pâte à modeler reste identique même si sa forme change.
    • Exemple de sériation : Classe des réglettes par taille en trouvant la plus petite, puis la plus petite restante, etc.
  4. Période des opérations formelles (à partir de 11/12 ans) :
    • Accès au raisonnement hypothético-déductif, pensée abstraite, capable d’élaborer des hypothèses.

VI. La Théorie de l’Attachement (J. Bowlby)

John Bowlby (psychiatre et psychanalyste britannique) a formulé la théorie de l’attachement en 1969, suite à des travaux sur le deuil et la séparation. Mary Ainsworth a identifié différents types d’attachement.

VI.1. Concepts Clés

  • Besoin primaire et inné d’autrui : Le besoin de relation est inné, fondé sur des comportements (suivre, s’agripper, pleurer, vocaliser) ayant une fonction de protection.
  • Sécurité : En cas de détresse, l’individu se tourne vers une personne spécifique pour un sentiment de sécurité.
  • Lien d’attachement : Du plus faible (enfant) vers celui qui protège (figure d’attachement).
  • Figure d’attachement (caregiver) : Personne qui prend soin de l’enfant (pas nécessairement le parent).
  • Base de sécurité : Un sentiment de sécurité permettant à l’enfant d’explorer son environnement. En cas de stress, il se rapproche de la figure d’attachement.
  • Système d’attachement : Maintien de la proximité avec la figure d’attachement, établissant un lien étroit et constant entre un système immature (bébé) et un système complexe (adulte).
  • Caregiving : Dimension de la relation parent-enfant, ne se résume pas à l’amour parental.

VI.2. Styles d’Attachement

Style d’attachementComportement de l’enfantComportement de la figure d’attachement
SécuriséVoit la figure d’attachement comme base de sécurité, la recherche en cas de détresse, proteste au départ, rassuré au retour.Disponible, sensible aux signaux de détresse, répond de façon appropriée, rapide et cohérente.
Insécure anxieux évitantS’isole, évite le contact physique, exprime peu de détresse en séparation ou au retour.Donne peu/pas de réponse à l’enfant stressé, décourage les pleurs, encourage l’indépendance.
Insécure anxieux ambivalentExprime ses besoins de façon exagérée, contrôle difficilement ses émotions, recherche proximité tout en résistant.Incohérence entre réponses appropriées et négligentes.
DésorganiséPas de stratégie claire, comportements ambivalents/contradictoires (ex: confusion lors du contact), peur de la figure d’attachement.Intrusif ou très passif.

VII. Conclusion

Le développement de l’enfant est un processus de longue durée, multifacette (psychomoteur, affectif, cognitif). Il est marqué par des discontinuités et des réorganisations, soulignant la complexité et la dynamique constante de l’évolution infantile.