I. Introduction
Les carences de soins maternels désignent une situation où un très jeune enfant (moins de 3 ans) ne reçoit pas un apport affectif suffisant de sa figure maternelle ou de substitution, ou subit des ruptures de liens non réparées. Ces situations peuvent être intrafamiliales ou extrafamiliales.
II. Définitions
La carence peut apparaître dans 3 situations:
- Insuffisance d’interaction: Absence de la mère/substitut maternel (placement institutionnel précoce), entraînant un maternage insuffisant et manque d’interactions adéquates.
- Discontinuité des liens: Séparations répétées, quels qu’en soient les motifs.
- Distorsion: Qualité de l’apport maternel inadéquate (mère chaotique, imprévisible), sans apports affectifs suffisants ni interactions adéquates.
Types de Carences:
- Quantitatives: Absence physique de la mère/pourvoyeur de soins.
- Qualitatives: Dysfonction maternelle (mère présente mais inefficace/néfaste, ex: dépression post-partum, psychose).
- Mixtes: À la fois quantitatives et qualitatives (discontinuité du maternage, conditions de vie chaotiques, placements itératifs).
La négligence est le terme juridique pour l’incapacité des parents à assurer à l’enfant des soins (santé, surveillance, alimentation, hygiène, affection, éducation, logement sécurisé). C’est une forme de maltraitance.
III. Clinique
Les manifestations et conséquences des carences affectives sont multifactorielles (âge, caractéristiques de l’enfant, intensité, durée, nature de la carence, qualité des relations avant et après, contexte familial).
III.1. Manifestations d’une carence prolongée et importante (Hospitalisme de Spitz):
Observé chez les enfants en orphelinats, manquant de contacts humains chaleureux. Peut aussi être intrafamilial.
- Troubles physiologiques:
- Troubles alimentaires (anorexie, boulimie, pica).
- Troubles du sommeil (insomnie, hypersomnie).
- Hypersensibilité aux infections (ORL).
- Retards staturaux.
- Retard de développement: psychique, psychomoteur, grandes fonctions instrumentales (motricité, langage, intelligence).
- Relationnel et affectif: Peu d’intérêt, inertie, apathie, repli sur soi, absence de jeux.
Phases (Spitz): Pleurs → Glapissement (perte de poids, arrêt développement) → Retrait, refus du contact.
III.2. Manifestations d’une carence liée à des séparations répétées (Dépression anaclitique de Spitz):
Réaction à la perte du lien privilégié avec la mère après une séparation, même temporaire.
Phases (Bowlby):
- Détresse: Protestation active, agitation, cris, refus d’être approché.
- Désespoir: Désarroi intense, état de retrait.
- Détachement: Acceptation des soins de n’importe quel substitut, perte d’attachement pour la mère.
Une carence affective massive peut évoluer vers l’hospitalisme.
III.3. Manifestations de carence liée à une relation mère-enfant inadéquate (carence qualitative):
Plus fréquentes, présentes en famille (mères déprimées) ou en institution (soins discontinus, impersonnels).
- Manque d’initiative, curiosité réduite, pauvreté du jeu, passivité sociale.
- Expose à l’appauvrissement intellectuel, linguistique et affectif, et à un sentiment d’insécurité.
IV. Prise en Charge
A. Prévention des Troubles liés à la Carence Affective:
- Prévention primaire: Diminuer la probabilité de survenue du trouble.
- Repérage des situations à risque (familles à risque de négligence: abus de substances, maltraitance infantile, manque d’éducation, domicile instable, difficultés socio-économiques).
- Identification des troubles parentaux, intervention dès la grossesse, soutien parental, aides à domicile.
- Rôle des institutions médico-sociales (gynécologie, PMI, pédiatrie, services sociaux).
- L’hospitalisme est devenu rare dans les pays occidentaux.
- Prévention secondaire: Dépistage précoce des troubles pour améliorer l’évolution.
- Les signes de souffrance sont souvent discrets; l’association et la fixité des signes mènent au diagnostic.
- Prévention tertiaire: Diminuer les séquelles ou récidives.
B. Abord Thérapeutique des Nourrissons Carencés:
- Prise en charge multidisciplinaire: Pédiatre, pédopsychiatre, généraliste, travailleurs sociaux.
- Psychothérapie intensive: Surtout si précoce, elle atténue des effets graves que la simple suppression de la carence ne suffit pas à faire disparaître.
L’avenir est moins sombre avec des “tuteurs de développement” autour de l’enfant, à agir sans tarder pour un adulte épanoui.