LES OBÉSITÉS
OBJECTIFS PÉDAGOGIQUES
- Définir l’obésité (adulte/enfant) selon l’IMC.
- Différencier obésité androïde vs. gynoïde.
- Reconnaître les principales complications.
- Connaître les grandes lignes de prise en charge.
PLAN
- Introduction
- Épidémiologie
- Physiopathologie
- Définition
- Histoire naturelle
- Évaluation
- Diagnostic étiologique
- Complications
- Traitement
- Conclusion
1. Introduction
- Maladie chronique, multifactorielle, évolutive, sans guérison spontanée.
- Définie par l’OMS comme “excès de masse grasse entraînant des conséquences néfastes pour la santé”.
- Problème de santé publique dû à conséquences somatiques, psychosociales et coût économique.
- Hétérogénéité phénotypique, majoritairement “commune” et liée au style de vie.
2. Épidémiologie
- Augmentation de l’obésité sévère depuis 1980 (multipliée par 4).
- Prévalence surpoids + obésité (3-17 ans) : 18% en 2006.
- Persistance de l’obésité enfantine à l’âge adulte : 50% avant puberté, 70% après.
- Adultes (2016) : 39% surpoids, 13% obésité (prédominance féminine).
- Augmente avec l’âge et dans populations défavorisées.
- Surpoids/obésité causent plus de décès que l’insuffisance pondérale.
3. Physiopathologie
3.1 Rappel
- Régulation pondérale via équilibre entrées-sorties et pondérostat.
- Tissu adipeux : stockage énergétique (homme 15%, femme 25% du poids corporel).
- Adipocytes :
- Bruns : thermogenèse.
- Blancs : rôles énergétique et mécanique.
- Organe sécrétoire : leptine, résistine, acides gras libres, etc.
3.1.1 Régulation des apports alimentaires
- Boucle leptine-neuropeptide Y (NPY).
- NPY : puissant stimulant de la prise alimentaire, inhibé par leptine.
3.1.2 Régulation des dépenses énergétiques
- Augmentation de leptine (masse adipeuse accrue) stimule système nerveux sympathique, augmentant lipolyse et thermogenèse.
3.2 Déterminants de l’obésité humaine
- Interaction facteurs génétiques, environnementaux/épigénétiques, psychologiques, sociaux et biologiques.
3.2.1 Excès d’apport énergétique
- Faible excédent quotidien suffit.
- Diminution glucides complexes, excès lipidique (9 Kcal/g, faible satiété, stockage favorisé).
3.2.2 Baisse des dépenses énergétiques
- Sédentarité → diminution masse musculaire → diminution dépense énergétique.
- Activité physique compense diminution dépense énergétique de repos.
3.2.3 La génétique
- Détermine susceptibilité, environnement joue rôle majeur (épigénétique).
3.3 Facteurs favorisants
| Facteurs Communs (Enfant < 2 ans) | Facteurs Communs (Adulte) |
|---|---|
| Surpoids/obésité parentale | Régimes trop restrictifs (effet yoyo) |
| Événements grossesse (prise poids excessive, tabac, diabète) | Arrêt tabac non accompagné |
| Troubles croissance fœtale | Antécédents obésité enfance |
| Gain pondéral accéléré | Ménopause |
| Attitude inadaptée entourage | Troubles TCA |
| Difficultés socio-économiques | Troubles anxiodépressifs, vulnérabilité psycho-sociale |
| Sédentarité | Facteurs professionnels |
| Troubles sommeil | |
| Consommations excessives sucres | |
| Facteurs psychopathologiques |
4. Définition
- Masse grasse à risque estimée par IMC (Poids/Taille²).
- Mesures directes de masse grasse non recommandées en pratique courante.
4.1 Chez l’adulte
- IMC ≥ 30 kg/m², 3 grades de sévérité.
- IMC ne prend pas en compte sexe, âge, ethnie, ni sévérité/handicap associé.
- HAS a défini 5 stades de sévérité (Tab 2) basés sur 7 catégories dont l’IMC (non complexe, complexe, très complexe).
4.2 Chez l’enfant
- Relation masse grasse/IMC non linéaire, varie avec croissance/sexe.
- IMC reporté sur courbes de corpulence IOTF.
- Surpoids : IMC > IOTF 25 ; Obésité : IMC > IOTF 30.
- Cinétique de courbe d’IMC :
- Absence de rebond d’adiposité (< 1 an) : grave, avis spécialisé.
- Rebond précoce (~3 ans) : majorité obésité commune.
- Croisement des couloirs après rebond physiologique : plus rare, rechercher obésité secondaire.
5. Histoire naturelle
- Maladie chronique évolutive, le plus souvent vers aggravation et complications.
6. Évaluation d’une obésité
6.1 Interrogatoire
- Vécu, motivation, histoire pondérale (naissance, début, cinétique, poids extrêmes).
- Tentatives amaigrissement (nombre, nature, effet).
- Circonstances déclenchantes/aggravantes.
- Antécédents personnels/familiaux.
- Analyse comportement alimentaire (quantitatif, qualitatif).
- Évaluation psychologique, sociale, activité physique.
6.2 Examen clinique
- Mesure taille (T) et poids (P) pour IMC.
- Déterminer répartition obésité :
- Tour de taille (TT) : critère simple adiposité abdominale.
- Obésité abdominale : TT ≥ 94 cm (H) / ≥ 80 cm (F) [IDF 2005] ou ≥ 102 cm (H) / ≥ 88 cm (F) [NCEP-ATP III 2005] ; ou TT > tour de hanche (TH) ; TT/T > 0,5 (enfant). Risque cardio-vasculaire/métabolique accru.
- Obésité gynoïde : TT < TH. Risque complications mécaniques.
- Révéler phénotypes :
- Obésité sarcopénique : excès masse grasse + défaut masse/fonctionnement musculaire (sujet âgé > 65 ans). Pronostic péjoratif. Dépistage : test lever de chaise.
- Obésité métaboliquement saine : 20% des cas, transitoire, non associée à complications.
- Écarter fausses obésités (rétention hydrosodée, infiltration myxœdémateuse, sujet musclé).
- Recherche signes causes secondaires/syndromiques, complications.
6.3 Examens complémentaires
- Bilan étiologique et de retentissement selon clinique : GAJ, HGPO, EAL, acide urique, bilan hépatique (Fib-4), bilan rénal (ACR), TSH, Cortisol 8h, CLU 24h, freinage dexaméthasone, écho abdomino-pelvienne, ECG, écho cœur, EFR, SAS, gazométrie, IRM hypophysaire, dépistage Kc, analyse génétique.
7. Étiologies de l’obésité
7.1 Obésités communes
7.2 Obésités secondaires
- Iatrogènes : antipsychotiques atypiques, antidépresseurs, antiépileptiques, insuline, œstroprogestatifs, anti-allergiques, glucocorticoïdes.
- Endocriniennes : hypothyroïdie, hypercorticisme.
- Syndrome hypothalamique : retard croissance, troubles rythme veille-sommeil, comportement alimentaire, régulation température.
7.3 Obésités génétiques
- Monogéniques : mutations gènes leptine/récepteur, POMC, MCR4, proconvertase 1.
- Syndromiques : Prader Willi, Bardet Biedel.
8. Complications
- Dues à l’obésité et/ou autres facteurs de risque.
Tableau des complications
| Système | Complications |
|---|---|
| Cardio-vasculaires | HTA, Insuffisance coronarienne (angor, mort subite, IDM), AVC, Artérite MI, Insuffisance cardiaque (gauche, droite) |
| Métaboliques | Insulinorésistance, DT2, intolérance glucose, Dyslipidémie, Hyperuricémie, Syndrome métabolique, Stéatopathie dysmétabolique |
| Digestives | Reflux gastro-œsophagien, Lithiases biliaires |
| Neurologiques | HIC idiopathique/bénigne |
| Cutanées | Acanthosis nigricans, Mycoses des plis, Vergetures, Érysipèle, Hyperpilosité, Lymphœdème |
| Mécaniques | Respiratoires: Hypoventilation alvéolaire, Insuffisance respiratoire restrictive, Asthme, SAS. Veineuses: Phlébites, Embolies pulmonaires, Troubles trophiques MI. Ostéo-articulaires: Coxarthrose, gonarthrose, arthrose digitale, dorsalgies, lombalgies, épiphysiolyse hanche, troubles statique vertébrale, genu valgum, épiphysites croissance. |
| Rénales | Glomérulopathie, protéinurie, altération DFG |
| Néoplasiques | Kc sein, endomètre, colon, voies biliaires, pancréas, rein |
| Endocriniennes | Verge enfouie, adipo/gynécomastie (garçon), Puberté précoce (fille)/retard pubertaire (garçon), Spanioménorrhée, SOPK, Hypofertilité/hypogonadisme (homme) |
| Gynéco-obstétriques | Incontinence urinaire effort, Risque fausse couche, Grossesse à risque, Diabète gestationnel, HTA gravidique |
| Psychologiques | Stigmatisations, Anxiété, Dépression, Troubles comportement, Perte estime de soi |
| Opératoires | Retard diagnostique (hernie étranglée), Morbi-mortalité per/postopératoire élevée, Complications décubitus |
9. Traitement
9.1 Objectifs
- Perte de poids lente et progressive (10% du poids initial, 2-3 kg/mois).
- Stabilisation du poids.
- Correction erreurs thérapeutiques antérieures.
- Traitement troubles comportement alimentaire.
- Prévention et traitement facteurs de risque.
9.2 Moyens
9.2.1 Approche non pharmacologique
9.2.1.1 L’activité physique
- Lutter contre sédentarité.
- Reprise/augmentation régulière et progressive, adaptée.
- Favorise perte poids (1-2 kg), préserve masse maigre, améliore facteurs risque cardiovasculaires, prévient/retarde DT2.
- Objectif : 1h/jour activité modérée, ≥ 5 fois/semaine.
9.2.1.2 Apports alimentaires
- Pas de régime “standard” ni interdits (frustrations → désinhibition).
- Pas de régimes restrictifs (carentiels, reprise poids).
- Correction erreurs diététiques (rythme, répartition nutriments).
- Respect rythme (3 repas/jour, collations “contrôlées”).
- Respect faim/rassasiement.
- Allongement temps mastication/ingestion (≥ 20 mn).
- Réduction apports énergétiques (-500 kcal/j max, pas < 1200 Kcal/jour).
- Prévenir effet “plateau” (adaptation organisme).
- Éducation et surveillance essentielles.
9.2.1.3 Thérapies comportementales
- Utiles en groupe, peuvent impliquer psychiatre, psychologue, diététicien.
- Fondées sur thérapies comportementales.
9.2.2 Approche pharmacologique
- Traitement maladie causale et troubles comportement alimentaire (antidépresseurs, anxiolytiques).
- Traitement facteurs de risque et complications.
- Envisagé après échec mesures diététiques (IMC > 30 kg/m² ou > 28 avec complications, échec si perte poids < 5% après 6 mois).
- Pharmacothérapie limitée :
- Agonistes GLP1 (Simaglutide) : obésités communes (IMC ≥ 35 kg/m², < 65 ans).
- Agonistes récepteurs MC4R : anomalie génétique voie leptine-mélanocortine ou lésion hypothalamique.
- Orlistat (Xenical®) : inhibiteur lipases digestives, réduit absorption graisses.
- Sibutramide (Sibutral®) : inhibiteur recapture sérotonine, augmente satiété.
9.2.3 Chirurgie bariatrique ou métabolique
- Dernier recours après échec traitement médical/nutritionnel/diététique/psychothérapeutique (12 mois), sans perte de poids suffisante ou maintien.
- Proposer entre 18 et 70 ans, décision collégiale, après évaluation bénéfices/risques et adhésion patient.
- Indications :
- Obésité morbide résistante (IMC ≥ 40 Kg/m²).
- Obésité sévère (IMC ≥ 35 Kg/m²) avec complications améliorables par chirurgie.
- Obésité (IMC ≥ 30 Kg/m²) avec DT2 mal équilibré malgré traitement optimal (chirurgie métabolique).
- Principe : modifier anatomie tube digestif (restriction gastrique : anneau, sleeve gastrectomy ± malabsorption intestinale : bypass gastrique en Y).
- Lipectomies : visée plastique après perte de poids stabilisée.
10. Conclusion
- Obésité : maladie chronique évolutive, multifactorielle, sans guérison spontanée.
- Sévérité définie par 5 stades (IMC, retentissement médical/fonctionnel/qualité de vie, troubles psychologiques, étiologie, TCA, trajectoire pondérale).
- Associée à complications cardio-métaboliques, mécaniques, psychosociales, néoplasiques.
- Prise en charge à long terme, pas limitée à objectif de perte de poids.