Objectifs
- Citer les signes cliniques suspectant une IAH.
- Citer les arguments biologiques affirmant le diagnostic d’une IAH.
- Énumérer les principales étiologies de l’IAH.
- Conduire un traitement substitutif de l’IAH.
Définition
- Déficit de synthèse d’une ou plusieurs hormones hypophysaires (ACTH, TSH, LH, FSH, GH ou prolactine).
- Peut être total ou partiel, isolé ou multiple, associé ou non à un déficit des hormones post-hypophysaires (panhypopituitarisme).
Épidémiologie
- Prévalence : 45,5 pour 10⁵ habitants.
- Incidence : 4,2 nouveaux cas pour 10⁵ habitants/an.
- Survient à tout âge, sans prédominance de sexe.
IAH: Étiopathogénie
- Mécanisme ischémique :
- Compression des veines portes par processus tumoral.
- Nécrose hypophysaire post-choc hypovolémique du post-partum (Maladie de Sheehan).
- Hémorragie hypophysaire (traumatisme crânien ou intra-tumoral : syndrome apoplexie).
- Lésions inflammatoires, infiltratives, ou invasion tumorale.
Clinique
- Dépend du mode d’installation (aigu ou progressif), de la sévérité et multiplicité des déficits, et de l’âge du patient.
- IAH chronique : progressif (retard diagnostic+++).
- IAH aiguë : brutal (urgence diagnostique et thérapeutique+++).
Déficit en TSH (Insuffisance thyréotrope centrale)
Tous les signes d’hypothyroïdie, sauf myxœdème.
| Signes Fonctionnels (SF) | Signes Physiques (SP) |
|---|---|
| Apathie | Pâleur |
| Indifférence | Bradycardie |
| Lenteur d’idéation/parole | Chute des cheveux |
| Frilosité | Dépilation queue sourcil |
| Constipation |
Déficit en ACTH (Déficit corticotrope central)
Discret+++. Risque de décompensation en situation de stress (Crise surrénalienne aiguë+++).
| Signes Fonctionnels (SF) | Signes Physiques (SP) |
|---|---|
| Asthénie+++ | Hypotension artérielle |
| Anorexie | Hypotension orthostatique |
| Amaigrissement | Dépilation axillo-pubienne |
| Malaises (hypoglycémie) | Dépigmentation OGE et cicatrices |
Déficit gonadotrope
IAH avant la puberté : impubérisme.
| Hommes | Femmes (Période pré-ménopausique) |
|---|---|
| Diminution libido | Irrégularités cycle menstruel |
| Impuissance | Aménorrhée |
| Infertilité | Infertilité |
| Diminution masse musculaire | Peau sèche |
| Adiposité abdominale | Accentuation rides |
| Raréfaction barbe | Dépilation axillo-pubienne |
| Dépilation axillo-pubienne | Involution mammaire |
| Atrophie testiculaire | Atrophie vulvo-vaginale |
| Diminution minéralisation osseuse |
Déficit somatotrope (GH)
| Adulte | Enfant |
|---|---|
| Asthénie physique et psychique | Retard de croissance+++ |
| Diminution résistance à l’effort | Nanisme harmonieux |
| Tendance dépressive | Adiposité abdominale |
| Adiposité | Intelligence normale |
| Réduction masse musculaire | |
| Réduction densité minérale osseuse |
Déficit en prolactine
- Absence de montée laiteuse (post-partum).
Biologie
Biologie standard (signes indirects non spécifiques)
- Hyponatrémie (insuffisance corticotrope et thyréotrope).
- Hypoglycémie (insuffisance somatotrope et corticotrope ).
- Anémie (insuffisance thyréotrope et somatotrope).
- Hypercholestérolémie (insuffisance thyréotrope).
Diagnostic IAH : Diagnostic de certitude
- Suspicion clinique + Exploration hormonale.
Hormones périphériques et stimulines à l’état de base
- Testostérone ou oestradiol, LH, FSH
- T4, TSH
- Cortisolémie, ACTH
- Prolactine
- IGF1
Diagnostic d’IAH patente
- Diminution hormones périphériques (cortisolémie, œstradiol/testostéronémie, FT4 ,FT3) + Absence d’élévation de la stimuline hypophysaire correspondante (ACTH, FSH, LH, TSH).
Diagnostic d’IAH partielle ou latente
- Valeurs basales des hormones périphériques normales.
- Suspicion clinique de déficits hormonaux hypophysaires.
- Confirmation par tests dynamiques.
Biologie: Déficit en ACTH
- Déficit complet : Cortisolémie <80 nmol/l et ACTH basse ou normale.
- Déficit partiel : Cortisolémie (>80 et <400 nmol/l) → Tests de stimulation.
- Tests de stimulation :
- Hypoglycémie insulinique : Cortisolémie < 500 nmol/l après hypoglycémie induite par insuline. (Intrahospitalier, avec précautions).
- Test au synactène : Cortisolémie < 600 nmol/l 1h après injection de synacthène (faible réponse si insuffisance corticotrope).
- Test au métopirone, Test CRH.
- Tests de stimulation :
Biologie: Déficit en TSH (Insuffisance thyréotrope centrale)
- T4 libre est basse.
- TSH normale ou basse.
- Test de stimulation : Test au TRH (rarement fait) : Absence d’élévation TSH après stimulation.
Biologie: Déficit en gonadotrophines
- Femme : Oestradiol bas. FSH et LH normales ou élevées. Si ménopausée : LH, FSH inférieurs aux valeurs physiologiquement élevées.
- Homme : Testostérone basse. FSH, LH non augmentées.
- Test de stimulation : Test GnRH : FSH, LH n’augmentent pas.
Déficit en GH
- Dosage GH non contributif (sécrétion pulsatile).
- IGF-1 bas + déficit de 3 hormones hypophysaires permet le diagnostic.
- Tests dynamiques (enfant+++) :
- Test d’hypoglycémie insulinique.
- Test à l’argénine, à l’ornithine, GHRH.
IAH: Étiologies
- Tumorales ( 70%) : IRM cérébrale++.
- Macroadénomes hypophysaires (syndrome tumoral : céphalées, altération de l’acuité visuel, amputation du champ visuel)+++.
- Microadénomes hypophysaires.
- Craniopharyngiome.
- Tumeurs de la base crane (méningiomes, gliomes, histiocytose).
- Métastases de hypophyse (Kc sein, poumon).
- Iatrogéniques :
- Chirurgie Hypophysaire (Exploration hormonale systématique).
- Radiothérapie.
- Corticothérapie prolongée (doses supra-physiologiques > 3 semaines → suppression axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien).
- Vasculaires :
- Syndrome de Sheehan : Absence de montée laiteuse et de retour des couches suite à un accouchement hémorragique. (Nécrose ischémique de l’antéhypophyse).
- Apoplexie hypophysaire : 2-12% adénome hypophysaire. Hémorragie associée ou non à un infarctus. Clinique : apparition soudaine de céphalées intenses, vomissements, baisse de l’acuité visuelle, amputation du champ visuel, paralysies des nerfs oculomoteurs, et de troubles de conscience. Diagnostic : IRM.
- Hémorragie sous arachnoïdienne.
- Traumatiques :
- Traumatisme crânien (déficit en GH est considéré atteinte la plus fréquente, tardif).
- Sports avec traumatismes répétés cérébraux.
- Inflammatoires :
- Infectieuses : Tuberculose, abcès hypophysaires, infection HIV, infections fongiques, meningo- encéphalites virales, toxoplasmose cérébrale.
- Hypophysites : Lymphocytaire (femme, terrain autoimmunité, post partum, infiltration lymphocytaire de l’hypophyse), Granulomateuse (sarcoïdose, wegener).
- Autres étiologies :
- Maladies de surcharges : Hémochromatose (Surcharge en fer du tissu antéhypophysaire → hypogonadisme hypogonadotrope++).
- Causes génétiques :
- Syndromiques (Associée d’autres anomalies extra-hypophysaires).
- Non syndromiques (diagnostic souvent difficile, évoqué devant des accès d’hypoglycémie chez l’enfant).
- IA d’origine hypothalamique :
- Causes tumorales : craniopharyngiomes (compression). Plus rarement : germinomes, gliomes du chiasma, méningiomes supraclinoïdiens, kystes arachnoïdiens ou épidermoïdes.
- Maladies inflammatoires : Sarcoïdose, histiocytose, tuberculose.
IAH Aiguë
- Rare, mais grave. Pronostic vital engagé si insuffisance surrénalienne aiguë non traitée.
- Secondaire à nécrose/hémorragie hypophysaire, maladie de Sheehan, inflammation aiguë hypophyse.
- Installation brutale de céphalées intenses rétro-orbitaires.
- Présence signes neuro-ophtalmiques (70% des cas).
- Nausées, vomissements, hypotension, hyponatrémie/déficit aigu ACTH.
- Cortisolémie <500 nmol/L (subnormal).
- Substitution rapide en hydrocortisone est requise en urgence après prélèvement dosage cortisol/ACTH.
Traitement: substitutif
- Déficit corticotrope : Hydrocortisone cp 10 mg. Dose : 15- 20 mg/j. Risque d’effets métaboliques néfastes pour des doses > 20mg/j. Éducation patient : doubler/tripler dose quotidienne en cas maladie intercurrente ou chirurgie. Port obligatoire de carte addisonienne.
- Déficit thyréotrope : L-thyroxine (Levothyrox*) 100 à 125 μg/jour à adapter suivant T4 libre de contrôle 6 semaines après instauration. Correction préalable déficit en cortisol. Correction prudente chez sujets avec insuffisance coronaire.
- Déficit gonadotrope : Substitution en stéroïdes suffit pour maintenir caractères sexuels secondaires, vie sexuelle satisfaisante, éviter ostéoporose, complications cardiovasculaires.
- Femme : Estrogènes (percutanée ou orale) 21 jours/mois, associés à progestatif 10 jours/mois. Ex : Oestrogel*, Duphaston 10*.
- Homme : Androgènes retard (esters de Testostérone : Androtardyl 250 mg*) 1 injection IM toutes les 3 semaines.
- Désir d’enfant : Traitement par gonadotrophines ou pompe à GnRH suivant étiologie.
- Déficit somatotrope :
- Enfant : Administration quotidienne par voie parentérale de GH biosynthétique (gain de taille avant puberté).
- Adulte : Substitution en GH est encore en cours d’évaluation ; semble apporter un mieux être, un bénéfice sur masse musculaire, fonction cardiaque.
Traitement étiologique
- Adénomes hypophysaires : Chirurgie et/ou radiothérapie discutées individuellement. Macro adénomes à prolactine traités initialement par agonistes dopaminergiques (diminution rapide volume).
- Autres étiologies : Sarcoïdose, hémochromatose (saignées). Corticoïdes pour les hypophysites et granulomes. Traitement d’une tuberculose.
Éducation du patient++++
Conclusion
- Physiopathologie des adénomes hypophysaires reste encore mystérieuse (implication du gène AIP).
- Futures études visent à clarifier mécanismes physiopathologiques pour améliorer arsenal thérapeutique.
- Efficacité majeure des traitements antisécrétoires permet de contrôler ou de guérir un adénome hypophysaire dans la majorité des cas.
- Prise en charge impose une concertation pluridisciplinaire (endocrinologue, chirurgien, radiothérapeute) pour optimiser cette prise en charge.