Rappel anatomo-histologique
La corticosurrénale est formée de 3 couches :
- Zone glomérulée : Sécrétion des minéralocorticoïdes (Aldostérone).
- Zone fasciculée : Sécrétion des glucocorticoïdes (Cortisol).
- Zone réticulée : Sécrétion des androgènes.
Régulation hormonale
- Glucocorticoïdes : Sous dépendance de la CRH (hypothalamique) et de l’ACTH (hypophysaire).
- Minéralocorticoïdes : Dépendent du système rénine-angiotensine.
- Androgènes : Axe hypothalamo–hypophyso–gonadique (GnRH → LH/FSH → androgènes). Rétrocontrôle négatif par les androgènes.
- Insuffisances surrénaliennes primitives (ISP) : Déficit potentiel des 3 compartiments de la surrénale.
- Insuffisances surrénaliennes centrales (ISC) : Concerne uniquement les glucocorticoïdes.
Effets des hormones
- Minéralocorticoïdes (Aldostérone) :
- Augmentation réabsorption sodium et eau.
- Excrétion potassium et hydrogène.
- Régulation de la pression artérielle.
- Androgènes :
- Faible activité androgénique.
- Pro-hormones converties en testostérone, DHT, estrone, estradiol.
- Testostérone (homme) : développement caractères sexuels masculins, libido, masse musculaire.
- Œstradiol (femme) : développement caractères sexuels féminins, cycle menstruel, fertilité. (homme) : santé osseuse, maturation sperme.
Insuffisance surrénalienne lente (ISL) / Périphérique
- Affection rare, décrite par Thomas Addison en 1849.
- Expression progressive, avec apparition successive des symptômes.
- Déficit hormonal des trois hormones : cortisol, aldostérone et DHEA.
- Forme classique : destruction des surrénales (tuberculose autrefois, auto-immunité actuellement).
- Peut être découverte à l’occasion d’une insuffisance surrénalienne aiguë (ISA) inaugurale.
Clinique
- Signes cliniques non spécifiques, retardant souvent le diagnostic.
- Mélanodermie : Pathognomonique dans l’ISP (absente dans l’ISC, où il y a plutôt une pâleur).
- Hyperpigmentation “brun sale”, prédominant sur zones découvertes, frottement, plis palmaires, aréoles mammaires.
- Taches ardoisées face interne joues et gencives.
| Signes cliniques et biologiques (ISL) |
|---|
| Mélanodermie (pathognomonique dans l’ISP, absente dans l’ISC) : hyperpigmentation “brun sale” zones découvertes, frottement, plis palmaires, aréoles mammaires, taches ardoisées buccales. Asthénie, troubles digestifs, hypotension artérielle, hypoglycémie, hyponatrémie, hyperkaliémie (spécifique ISP) , anémie, hyperlymphocytose, hyperéosinophilie. TSH peut être élevée (disparition effet inhibiteur glucocorticoïdes ou hypothyroïdie auto-immune associée). Syndrome de Schmit : ISL (Addison) + Hypothyroïdie auto-immune. |
Biologie
- Signes non spécifiques, souvent absents hors décompensation aiguë.
- Hyperkaliémie : Uniquement dans l’ISP (déficit minéralocorticoïdes).
- Hyponatrémie : ISP (déficit minéralocorticoïdes) et ISC (perte pouvoir inhibiteur glucocorticoïdes sur ADH).
- Hypoglycémie, anémie, hyperlymphocytose, hyperéosinophilie possibles.
- TSH peut être élevée (normalisation après substitution IS ou hypothyroïdie auto-immune associée).
- Suspicion : association de signes ou contexte étiologique évident.
Diagnostic (+)
- Cortisolémie à 8h : Examen de 1ère intention.
- < 80 nmol/L : affirme le diagnostic.
500-550 nmol/L : exclut le diagnostic.
- Entre 80-500 nmol/L : Test au Synacthène®immédiat nécessaire.
- Test au Synacthène®immédiat : Dosage cortisolémie 60 min après injection IM/IV de 250 μg de Synacthène®.
- < 500 nmol/L à 60 min : pose le diagnostic d’insuffisance surrénalienne.
- Dosage ACTH (à 8h) : Après diagnostic d’IS pour identifier son origine.
- ACTH élevée : origine primitive (ISP).
- ACTH normale ou basse : origine centrale (ISC).
- Dosages rénine et aldostérone plasmatiques (si ISP) :
- Aldostérone basse et rénine élevée : déficit compartiment minéralocorticoïde.
Pièges diagnostiques
- Cortisol binding globulin (CBG) élevée : (pilule estro-progestative, grossesse) → cortisolémie surestimée (faux négatif).
- CBG diminuée : (insuffisance hépatique) → cortisolémie sous-estimée.
- Dans ces situations, dosage cortisol salivaire (fraction libre) : > 16 nmol/L à 8h exclut IS.
- Cortisol lié (inactif, transport) vs. Cortisol libre (actif) : Tests sanguins mesurent souvent total, salivaires/urinaires le libre.
Insuffisance surrénalienne - Étiologies
Étiologies des insuffisances surrénaliennes périphériques
- Auto-immunes : (70-90% des cas) Adrénogénitalisme. Souvent associées à d’autres pathologies auto-immunes.
- Infectieuses : Tuberculose (cause la plus fréquente autrefois), SIDA, mycoses, CMV.
- Hémorragiques : Bilatérales (choc, anticoagulants, sepsis, apoplexie surrénalienne).
- Tumorales : Métastases bilatérales (poumon, sein, rein), lymphomes.
- Iatrogènes : Anticoagulants (hémorragie), inhibiteurs enzymatiques (kétoconazole, métyrapone), mitotane, anti-PD1.
- Génétiques : Adrénoleucodystrophie, hypoplasie congénitale des surrénales.
Étiologies des insuffisances surrénaliennes centrales
- Tumorales : Adénomes hypophysaires non sécrétants, craniopharyngiomes, autres tumeurs hypothalamo-hypophysaires.
- Iatrogènes :
- Arrêt brutal d’une corticothérapie prolongée (la plus fréquente).
- Chirurgie hypophysaire, radiothérapie hypophysaire.
- Inflammatoires/Infiltratives : Hypophysites (lymphocytaire, granulomateuse), sarcoïdose, histiocytose X, hémochromatose.
- Vasculaires : Syndrome de Sheehan, apoplexie hypophysaire, anévrisme artériel.
- Traumatiques : Traumatisme crânien.
Traitement de l’insuffisance surrénalienne
1. Substitution glucocorticoïde
- Médicament : Hydrocortisone®.
- Dose : 10-12 mg/m², soit 15-20 mg/jour. En 2-3 prises (matin, midi, ± après-midi), 50-75% de la dose le matin.
- Qualité de vie et paramètres métaboliques altérés si > 25-30 mg/jour.
- Ajustement de dose : Évaluation clinique (pas de paramètre biologique fiable) à la recherche de signes de sous- ou surdosage.
2. Substitution minéralocorticoïde
- Nécessaire uniquement dans l’ISP.
- Médicament : Fludrocortisone (Flucortac®).
- Dose : 50-200 μg/jour en une seule prise le matin.
- Ajustement : En fonction de la pression artérielle, de la kaliémie et de la rénine plasmatique (doit être à la limite supérieure de la normale).
3. Substitution en androgènes (DHEA)
- Études peu nombreuses et résultats non concluants (fatigue, fonction sexuelle).
- Consensus européen : discutée en cas de diminution du bien-être ou baisse de libido chez les femmes ayant une IS bien substituée en glucocorticoïdes.
4. Éducation thérapeutique du patient
- Primordiale : Pathologie chronique, traitement à vie.
- Adaptation des doses : Le patient doit savoir doubler, voire tripler la dose d’Hydrocortisone® en cas de “stress” (fièvre, infection sévère, gastro-entérite, stress psychologique sévère, exercice physique intense, forte chaleur).
- Situations à risque de décompensation aiguë : Gastro-entérites aiguës, infections, stress psychologiques importants, chirurgie.
- Chirurgie : Signaler l’IS, doses d’Hydrocortisone® ajustées.
5. La carte d’insuffisant surrénalien
- Le patient IS doit la porter en permanence.
Insuffisance surrénalienne aiguë (ISA)
- Pathologie rare mais pronostic vital engagé à court terme (urgence thérapeutique, même sans certitude diagnostique).
- Cause la plus fréquente : IS centrale ou lente décompensée (spontanément ou suite à pathologie intercurrente).
- Très rarement sur surrénales saines.
- Peut être liée à atteinte primitive des surrénales (IS primaire) ou hypothalamo-hypophysaire (IS secondaire/centrale).
- Clinique : Peu spécifique (asthénie, troubles digestifs, hypotension artérielle, fièvre).
- Biologie : Similaire à l’IS lente.
- Peut être inaugurale ou survenir chez patient ISL.
- Facteurs déclenchants fréquents : Infections (gastro-entérites), stress psychologique sévère, chirurgie.
Traitement de l’ISA (Urgent)
- Correction hypotension et désordres hydro-électrolytiques : Perfusion de sérum physiologique (ex: 1L en 4H).
- Administration Hydrocortisone® parentérale : 100 mg en bolus initial, puis 50-100 mg/6h ou 100-200 mg/24h en IVSE.
- Si > 50 mg d’Hydrocortisone®, substitution minéralocorticoïde non nécessaire.
- Dose diminuée progressivement, puis reprise orale.
- Traitement du facteur déclenchant en parallèle.
- Très efficace (quasi-test thérapeutique).
- Persistance surmortalité due au délai de prise en charge.
Gestion de l’arrêt d’une corticothérapie
- < 3 semaines : Pas de précaution particulière.
- > 3 mois : Risque d’IS, bien que faible.
- Dépistage : Cortisolémie à 8h ± Synacthène®immédiat.
- Dosage à 8h avant prise corticoïde du matin.
- Si IS : relais par Hydrocortisone®.
Conclusion
- L’IS est une affection complexe nécessitant une prise en charge rigoureuse.
- Distinction entre IS primitive et centrale est cruciale pour l’exploration étiologique et la substitution minéralocorticoïde.
- L’éducation thérapeutique du patient est essentielle pour prévenir les décompensations aiguës, potentiellement mortelles.
- L’ISA est une urgence vitale nécessitant un traitement immédiat.
- La gestion de l’arrêt d’une corticothérapie prolongée doit être prudente pour éviter une IS iatrogène.
- La prise en charge multidisciplinaire est fondamentale.