Introduction
Le diabète sucré est un problème de santé publique (14% en Algérie). Les complications métaboliques aiguës du diabète sont fréquentes, graves et peuvent engager le pronostic vital. Elles représentent des urgences diagnostiques et thérapeutiques.
Quatre types de complications aiguës:
- Hypoglycémie
- Acidocétose diabétique
- Coma hyperosmolaire non cétonique
- Acidose lactique
1/ Hypoglycémie
Définition
Glycémie < 0,7 g/l (3,85 mmol/l). Urgence vitale fréquente (DT1+++), grave voire mortelle sur certains terrains. Signes cliniques dépendent de la rapidité, sévérité, durée. Souvent iatrogène (insuline, sulfamides hypoglycémiants).
Diagnostic
- Y penser devant tout trouble de la conscience chez un diabétique.
- Glycémie capillaire +++ (ne doit pas retarder le traitement).
Circonstances de survenue
- Inadéquation insulinémie/glycémie: surdosage (accidentel/volontaire), insuffisance apports glucidiques (repas, vomissements, gastroparésie), activité physique non programmée, erreur injection insuline, défaut contre-régulation hormonale (neuropathie végétative).
Clinique
- Symptômes neurovégétatifs (“Alerte”): Asthénie, mains moites, sueurs froides, faim intense, pâleur, tremblements, tachycardie, palpitations, poussées hypertensives, crises d’angor. Absents en cas d’hypoglycémie répétée ou neuropathie végétative avancée.
- Symptômes neuroglycopéniques (“Gravité”): Troubles concentration, céphalées, troubles psychiatriques, troubles moteurs déficitaires, troubles visuels (diplopie), difficultés à parler, incoordination motrice.
- Coma hypoglycémique: Agité, crises convulsives, sans signes de focalisation, Babinski bilatéral, souffrance cérébrale.
Classification des Hypoglycémies
- Symptomatiques documentées: Symptômes cliniques confirmés par mesure biologique.
- Symptomatiques probables: Non confirmées par mesure glycémique.
- Asymptomatiques: Glycémie basse sans signes cliniques.
- Relatives: Signes cliniques avec glycémie > 0,7 g/l.
- Sévère: < 0,50 g/L (< 2,8 mmol/L), nécessitant intervention tierce personne.
Diagnostics différentiels
- Malaise: Vagal (circonstances différentes, bradycardie, soulagé allongé), angoisse (respiratoires, digestifs), angor.
- Coma: Épilepsie essentielle, AVC.
Complications
- Mortalité (non démontrée comme cause directe de décès post-mortem, mais contribue indirectement).
- Accidents et traumatismes +++.
- Rétinopathie diabétique ++ (augmentation flux sanguin rétinien).
- Détérioration intellectuelle progressive et irréversible.
- Retentissement qualité de vie (dépendance, angoisse, évitement social).
Traitement
- A/ Hypoglycémies mineures: Resucrage PER OS (2-3 morceaux de sucre, jus de fruit, gel glucose) suivi d’un sucre lent + adaptation thérapeutique et éducation. Contrôle glycémique après 10min. Si après activité physique/surdosage insuline: sucre + glucide d’action lente.
- B/ Coma Hypoglycémique: Glucose 30% IV. CI si DT2. ÉDUCATION +++.
2/ Acidocétose Diabétique
Définition
Complication aiguë du diabète (préférentiellement type 1, souvent révélatrice) caractérisée par hyperglycémie, cétose et acidose. Pronostic sévère (mortalité 5%: collapsus, œdème cérébral, SDRA). Liée à insulinopénie et élévation des hormones de contre-régulation.
Facteurs déclenchants
- Carence insulinique absolue: Révélatrice (15%), arrêt accidentel/volontaire insulinothérapie (25%), causes médicamenteuses.
- Carence insulinique relative: Infections +++ (40%), IDM, causes vasculaires, traumatisme, chirurgie, grossesse, désordres endocriniens (hyperthyroïdie, phéochromocytome, hypercorticisme).
Clinique
- Phase de cétose simple (pH > 7.3): Symptômes hyperglycémie (polyuro-polydipsie, crampes, troubles visuels), symptômes cétose (nausées, vomissements, douleurs abdominales, anorexie), haleine “pomme de reinette”.
- Phase d’acidocétose: Déshydratation majeure (extracellulaire prédominante: pli cutané, hypoTA, tachycardie; intracellulaire: soif, sécheresse buccale, hypotonie globes oculaires). Dyspnée de Kussmaul, polypnée. Tableau digestif simulant abdomen chirurgical. Troubles de conscience (stupeur, confusion, coma <10%). Hypothermie.
Paraclinique (Diagnostic)
- Glycémie capillaire > 2,55 g/l (>11 mmol/l).
- Acétonémie capillaire (>0,6 mmol/l).
- Bandelette urinaire (glucosurie +++, cétonurie +++).
- Gazométrie: Acidose métabolique (pH < 7.3, bicarbonates < 15 mmol/l).
- Ionogramme sanguin, bilan rénal/hépatique, ECG, bilan infectieux, lipasémie, HbA1C, échographie.
Critères de Gravité
- pH < 7.
- K+ < 4 ou > 6 meq/l.
- TA basse (collapsus).
- Non reprise diurèse après 3h réhydratation.
- Coma profond, vomissements incoercibles.
- → Réanimation (surveillance intensive, continue).
Prise en charge
- Hospitalisation et mise en condition.
- Correction carence en insuline (Insulinothérapie).
- Restauration volémie (Réhydratation par sérum salé 0.9%).
- Traitement cause déclenchante.
- Adjonction de potassium (selon ionogramme).
- Prévention complications thromboemboliques.
- A/ Réhydrater: 6 litres en 24h (moitié en 6-8h). Bicarbonates si pH < 7. SSI isotonique si pH > 7. Glucosé isotonique si glycémie atteint 2.5 g/l.
- B/ Insuliner: Perfusion continue IV (0,1 UI/kg/h) jusqu’à disparition acétone, maintenir glycémie à 2.5 g/l. Débuter après réhydratation et correction hypoK. Ne jamais arrêter avant négativation cétonurie.
- Mesures associées: Potassium (selon ionogramme, max 2g KCl/h), bicarbonates si pH ≤ 7, calcul natrémie corrigée, HBPM pour prévention thromboembolique.
- Traitement de la cause: Défaut d’observance, infection, lésion organique.
Messages à ne pas faire
- Bicarbonates en excès.
- Liquides hypo-osmotiques avec baisse trop rapide glycémie.
- Suspendre insulinothérapie pour hypoglycémie (passer au glucosé).
- Attendre l’hypokaliémie pour apporter potassium.
- Éliminer infection sans hyperthermie.
- Confondre cétose simple et acidocétose (ou coma hyperosmolaire, acidose lactique).
Surveillance
- Clinique (toutes les heures): FR, pouls, PA, diurèse, conscience, bases pulmonaires, glycosurie, cétonurie.
- Biologique: Glycémie capillaire (toutes les heures), ionogramme sanguin (immédiat, puis toutes les 3h), gaz du sang (si acidose sévère), ECG (toutes les 4-6h).
Pronostic
Défavorable dans 5% des cas. Attention aux surcharges hydrosodées (sujets âgés IC/IR), aux hypokaliémies.
3/ Coma Hyperosmolaire Non Cétonique
Complication la plus rare (10x moins que acidocétose) mais de plus mauvais pronostic (mortalité 20-50%). Terrain: DT2++ (sujet âgé).
Définition
Association d’une hyperglycémie et d’une déshydratation majeures avec troubles de la conscience sans cétose.
Critères diagnostiques
- Hyperglycémie > 6 g/l.
- Osmolarité calculée > 320-350 mosm/l.
- Pas d’acidose (pH ≥ 7.35, HCO3- > 15 mEq/l).
- Cétonémie < 5 mmol/l et cétonurie négative.
- Troubles de la conscience.
Facteurs favorisants
Personnes âgées, DT2, peu autonomes, incapables de réhydratation orale. Toutes causes de déshydratation (infection, vomissements, diarrhée, diurétiques, bêta-bloquants, corticoïdes, immunosuppresseurs, démence, AVC, IDM, pancréatite).
Évolution: +++ complications
- Iatrogènes (collapsus, œdème cérébral).
- Infections, thrombose, IR organique, troubles du rythme, rhabdomyolyse, CIVD, SDRA.
Clinique
- Phase de pré-coma: Dure jours/semaines. Adynamie, détérioration fonctions supérieures, perte de poids, polyurie, glycémie > 3 g/L.
- Phase de coma confirmé:
- Déshydratation majeure et globale: Intracellulaire (perte de poids, sécheresse muqueuses, fièvre) et extracellulaire (pli cutané, orbites enfoncées, chute PA, choc).
- Troubles neurologiques: Altération conscience (obnubilation à coma), crises convulsives focalisées/généralisées, signes de localisation (hémiparésie, aphasie, amaurose, quadriplégie).
- Dextro: Glycémie capillaire au maximum. Bandelette urinaire: sucre ++++, acétone absents/traces.
Paraclinique
- Glycémie: Hyperglycémie considérable (> 6 g/L, jusqu’à 20 g/L).
- Ionogramme sanguin: Hyperosmolarité plasmatique (> 320 mosm/l). Natrémie/kaliémie variables (natrémie corrigée pour déshydratation intracellulaire).
- Urée, créatinine +++: Insuffisance rénale fonctionnelle.
- NFS: Hémoconcentration.
- Bilan infectieux, ECG.
Traitement
- Mise en condition.
- Réhydratation et électrolytes: 10-12 litres en 24h (moitié en 5h). Sérum physiologique (1-2L en 2h). Puis sérum glucosé hypotonique/isotonique. Adjonction de K.
- Insulinothérapie: Bolus (0,1-0,2 UI/kg) puis perfusion continue (3-5 UI/h). Objectif: Glycémie 2.5-3 g/l les 24 premières heures.
- Traitement cause déclenchante.
- Prévention complications thromboemboliques.
Surveillance
- Clinique: Pouls, TA, FR, conscience, auscultation pulmonaire, thrombose veineuse.
- Paraclinique: Glycémie capillaire, glycosurie (toutes les h); ionogramme sanguin, ECG (toutes les 4-6h).
Pronostic
20-30% de décès (complications secondaires). Attention aux surcharges hydrosodées.
4/ Acidose Lactique
Accident rare mais grave (mortalité 50-80%), surtout chez DT2.
Mécanisme
- Hypoxie/souffrance tissulaire: Glycolyse anaérobie, hyperproduction lactates.
- Baisse épuration lactates: Insuffisance hépatique/rénale. Souvent due à prescription inappropriée de biguanides (non respect CI: IR, IH, hypoxies chroniques).
Situations majorant production de lactates
Choc+++, circulation extracorporelle, déshydratation massive, insuffisance rénale/hépatique, infection, injection produit de contraste.
Clinique
- Prodromes: Myalgies, crampes, asthénie sévère, douleurs abdominales/thoraciques.
- Phase confirmée (signes d’acidose): Polypnée intense, tachycardie, troubles conscience, collapsus, troubles rythme (acidose, hyperkaliémie).
Biologie
- Acidose métabolique (pH < 7.3, HCO3- < 17 mmol/l).
- Hyperkaliémie.
- Absence de cétose.
- Lactacidémie très augmentée (> 6 mmol/l).
- Trou anionique élevé (> 16 mmol/l).
Traitement
- Mesures de réanimation générale (hémodynamique, ventilatoire).
- Alcalinisation par bicarbonates non indiquée sauf pH < 7.
- Dialyse (éliminer lactate/biguanide, contrôler volémie).
Prévention +++
Décès dans >50-80% des cas. Respect CI biguanides. Arrêt biguanides avant anesthésie générale/exploration radiologique avec injection, et 2 jours après. Arrêt devant toute hypoxie (IC, IR, IH).
Conclusion Générale
Ces situations sont à connaître et à redouter. La démarche diagnostique doit être rigoureuse face à l’urgence thérapeutique. Importance de la prévention par information claire au patient (risques, signes annonciateurs, conduite à tenir).