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Overview

Hypothyroïdie: Diagnostic et Traitement

December 1, 2026
4 min read

Introduction

L’hypothyroïdie peut être périphérique (atteinte de la glande thyroïde elle-même) ou centrale (atteinte hypothalamo-hypophysaire, appelée insuffisance thyréotrope).

Hypothyroïdie Périphérique (Primaire)

  • Diagnostic: Augmentation de la TSH.
    • TSH élevée avec T4L normale: Hypothyroïdie primaire fruste (infraclinique) (TSH 4-10 mUI/l).
    • TSH élevée avec T4L basse: Hypothyroïdie primaire patente (TSH > 10 mUI/l).

Hypothyroïdie Centrale (Insuffisance Thyréotrope)

  • Diagnostic: Couple T4L/TSH.
    • T4L toujours basse.
    • TSH inadaptée: Basse ou normale (origine hypophysaire) OU légèrement élevée (<10-12 mUI/l) mais biologiquement inactive (origine hypothalamique), contrastant avec T4L basse.
  • Attention: Une TSH faiblement élevée avec T4L normale peut faussement conclure à une hypothyroïdie primaire fruste. La TSH normale n’élimine pas une insuffisance thyréotrope.

Épidémiologie

Hypothyroïdie Primaire

  • La plus fréquente, mais forme patente rare (< 2%).
  • Prévalence hypothyroïdie fruste plus importante chez femmes (7.5%), sujets âgés (10%).
  • TSH augmente avec l’âge. Peut s’élever en cas d’obésité (normalisation avec perte de poids).

Insuffisance Thyréotrope

  • Beaucoup plus rare (< 5% des hypothyroïdies).
  • Souvent dans un contexte de pathologie hypophysaire ou cérébrale évocatrice.

Clinique

Les symptômes dépendent de la profondeur, de l’ancienneté et de l’origine de l’hypothyroïdie.

Symptômes Généraux de l’Hypothyroïdie Primaire

  • Fruste: Symptômes modestes ou absents.
  • Syndrome d’hypométabolisme: Asthénie (physique/psycho-intellectuelle), somnolence, hypothermie, frilosité acquise, constipation, bradycardie, prise de poids modeste (parfois perte d’appétit).
  • Atteinte cutanée et des phanères: Peau pâle/jaunâtre (carotinodermie), sèche, squameuse, dépilée (axillaire, pubienne, sourcils). Transpiration diminuée. Cheveux secs/cassants. Lèvres cyanosées.
  • Myxœdème cutanéo-muqueux: Peau infiltrée, épaissie (mains, pieds, paupières, visage: “faciès lunaire”). Laryngée (voix rauque), trompe d’Eustache (hypoacousie), langue (macroglossie, ronflements).
  • Atteinte neuromusculaire: Enraidissement, crampes, myalgies. Plus rarement: tendinites, arthralgies, neuropathies périphériques, syndrome cérébelleux.
  • Retentissement endocrinien: Galactorrhée (rare, hyperprolactinémie possible), troubles des règles (oligoménorrhée, ménorragies, anovulation), troubles de la libido.

Symptômes Généraux de l’Insuffisance Thyréotrope

Superposables à l’hypothyroïdie primaire, sauf les symptômes de myxœdème qui sont absents.

Palpation de la Glande Thyroïde

Les caractéristiques dépendent de l’étiologie:

  • Maladie auto-immune thyroïdienne: Souvent ferme, hétérogène, pseudonodulaire (augmentée de volume dans Hashimoto; normale/diminuée dans autres thyroïdites auto-immunes).
  • Thyroïdite atrophique ou insuffisance thyréotrope: À peine palpable.

Complications

Formes Cardiovasculaires

  • Bradycardie sinusale, diminution force contractile.
  • Insuffisance cardiaque et troubles du rythme ventriculaire (rares).
  • Épanchement péricardique (parfois pleural/péritonéal).
  • Coronaropathie (l’hypothyroïdie favorise l’athérome par hypercholestérolémie).

Formes Neuromusculaires et Neuropsychiques

  • État dépressif, syndrome confusionnel ou démence (plus fréquents chez le sujet âgé).
  • Myopathie proximale (CPK élevées).
  • Apnées du sommeil.

Coma Myxœdémateux

  • Hypothyroïdie primaire profonde (TSH > 50 mUI/l, T4L effondrée), ancienne.
  • Favorisé par agression (infection, chirurgie, traitement sédatif/antidépresseur), souvent en hiver.
  • Coma calme, hypotonique, hypothermique, avec bradycardie, bradypnée, hypotension. Réflexes ostéotendineux lents. Pas de signe de localisation. Hyponatrémie (dilution) constante.
  • Pronostic sévère.

Hypothyroïdie durant la Grossesse

  • Complications maternelles: HTA, prééclampsie, fausse couche, hémorragie post-partum.
  • Complications fœtales: Troubles développement neuro-intellectuel de l’enfant (même en cas d’hypothyroïdie maternelle fruste), hypotrophie.
  • Particularités biologiques: TSH abaissée au 1er trimestre (action TSH-like de hCG), T4L souvent limite supérieure normale. Puis T4L peut baisser. Diagnostic hypothyroïdie primaire repose sur l’élévation de la TSH.

Biologie

Anomalies Hématologiques

  • Anémie normocytaire normochrome, plus rarement macrocytaire.
  • Anémie macrocytaire: suspecter maladie de Biermer associée (polyendocrinopathie auto-immune). Si macrocytose ne régresse pas post-traitement hypothyroïdie. Si carence martiale: penser maladie cœliaque.

Anomalies Ioniques et Métaboliques

  • Hyponatrémie: Possible en hypothyroïdie patente (hyponatrémies hypo-osmolaires normovolémiques par sécrétion appropriée d’ADH).
  • Hypercholestérolémie: Quasi constante en hypothyroïdie patente (LDL-cholestérol).
  • Hypertriglycéridémie: Plus rare (VLDL).
  • Augmentation enzymes musculaires (CPK): Par infiltration fibres musculaires, parfois ASAT.

Étiologie

Étiologie de l’Hypothyroïdie Primaire

  • Thyroïdites lymphocytaires: Atrophique, de Hashimoto.
  • Thyroïdite du post-partum.
  • Iatrogènes: Post-iode radioactif, post-radiothérapie, traitement médicamenteux (surcharge en iode, immunothérapie anti-PD1/PDL1), défaut d’adaptation des antithyroïdiens de synthèse.
  • Congénitale: Ectopie et athyréose, anomalie de l’hormonosynthèse.
  • Thyroïdite de Riedel (exceptionnel), Séquelles de thyroïdite de De Quervain.
  • Carence en iode.
  • Infiltration métastatique ou autre (hémochromatose).

Facteurs de risque de l’Hypothyroïdie Primaire

  • Terrain d’auto-immunité familial/personnel, exposition à agent physique/médicamenteux altérant fonction thyroïdienne, atteinte parenchyme thyroïdien par thyroïdite lytique.

Étiologie des Insuffisances Thyréotropes

  • Diagnostic étiologique par IRM systématique.
  • Tumeurs compressives hypothalamo-hypophysaires, maladies infiltratives (granulomatoses).
  • Atteinte lésionnelle: traumatisme crânien, méningite, hémorragie méningée.
  • Iatrogènes: radiothérapie, immunothérapie (anti-CTLA4), bexarotène.
  • Congénitales (souvent déficit hypophysaire combiné).

Facteurs de risque de l’Insuffisance Thyréotrope

Rarement isolée: syndrome tumoral région sellaire, après traitement maladie hypothalamo-hypophysaire, symptômes évocateurs d’hypopituitarisme. Autres: atteintes méningées, traumatismes crâniens.

Traitement

Moyens et Objectifs Thérapeutiques

  • Lévothyroxine (L-T4): Comprimés (25, 50, 75, 100, 150 μg), solution buvable (L-Thyroxine®, TSoludose®), injectable (200 μg) pour coma myxœdémateux/impossibilité d’avaler.
  • T4 associée à T3 (Euthyral®) ou T3 seule (Cynomel®) rares/discutées.
  • Besoins: 1-1,5 μg/kg/jour, fonction de la profondeur de l’hypothyroïdie.

Hypothyroïdie Primaire

  • Équilibre thérapeutique: TSH seule.
    • Standard: TSH entre 0,5 et 2,5 mUI/l.
    • Coronaropathie non contrôlée/très âgés: TSH entre 4 et 10 mUI/l (traiter coronaropathie d’abord).
    • Femme enceinte: TSH entre 0,5 et 2,5 mUI/l.
  • Éviter surdosage chronique en lévothyroxine (risques osseux/cardiovasculaires).
  • Surveillance: TSH 6-8 semaines après début traitement, puis 6 mois, puis annuellement.

Insuffisance Thyréotrope

  • Modalités thérapeutiques identiques, mais surveillance biologique différente (TSH souvent effondrée/normale, peut induire en erreur).
  • Surveillance: Dosage T4L seulement (après 15-21 jours de traitement, à jeun sans L-thyroxine).

Précautions de Substitution

  • Patient très âgé/coronarien: Posologie initiale 12,5-25 μg/jour, augmentée progressivement (paliers 12,5-25 μg toutes les 1-2 semaines). Risque de démasquer coronaropathie. Surveillance adaptée (consultation douleurs thoraciques, ECG hebdomadaire/quotidien). Bêta-bloquants parfois utiles.

Situations Cliniques

  • Hypothyroïdie fruste (“infraclinique”): Hors grossesse, 3 situations:
    • Risque élevé de conversion patente (TSH > 10 mUI/l et/ou anti-TPO): Traitement recommandé.
    • Risque faible (TSH < 10 mUI/l et sans anti-TPO): Surveiller TSH (6 mois, puis annuel).
    • Risque intermédiaire (TSH < 10 mUI/l mais anti-TPO, signes cliniques, hypercholestérolémie): Traitement discutable.
    • Besoin en hormones: 25-75 μg/jour.
    • Grossesse: Traitement L-T4 si TSH ≥ 3 mUI/l. Objectif TSH 0,5-2,5 mUI/l.
  • Grossesse chez femme hypothyroïdienne connue: Besoins L-T4 augmentent 25-50% au 1er trimestre. Augmenter posologie dès diagnostic grossesse, surveiller TSH mensuellement (0,5-2,5 mUI/l).
  • Traitements intercurrents/pathologies nécessitant augmentation L-T4:
    • Interférences absorption intestinale: Sulfate de fer, carbonate de calcium, IPP, magnésium.
    • Malabsorption: Maladie cœliaque, gastrite Helicobacter pylori, gastrite atrophique, chirurgie bariatrique.
    • Augmentation clairance T4: Traitement œstrogénique.
  • Hypothyroïdie néonatale: Substitution quotidienne à vie de L-thyroxine (≥ 10 μg/kg/jour). Début précoce (avant 12-15 jours) et posologie adéquate ont transformé le pronostic (pas de retard mental, croissance normale).

Messages Clés

  • Diagnostic hypothyroïdie primaire sur élévation TSH (prévalence ~2%, plus fréquente chez femme/âgé). Signes cliniques variés, non spécifiques. Dosage TSH, puis anti-TPO (et anti-Tg si négatifs), échographie pour étiologie.
  • Thyroïdite d’Hashimoto: taux anti-TPO élevés, goitre ferme/nodulaire. Rechercher autres maladies auto-immunes.
  • Insuffisance thyréotrope: rare (< 5%), diagnostiquée par T4L basse avec TSH inadaptée.
  • Thyroïdite atrophique: fréquente après 50 ans, lente, anti-TPO modérés.
  • Thyroïdites iatrogènes (médicaments iodés, iode 131, radiothérapie): justifient contrôle annuel TSH.
  • Traitement L-T4 substitutif, suivi TSH (4-8 sem, puis annuel) ou T4L (insuffisance thyréotrope).
  • Prise en charge hypothyroïdie subclinique: prévenir conséquences néonatales (enceinte, démontré) et risques cardiovasculaires à long terme (discuté).